Révélateurs de non-dits

On ne peut rien cacher à nos enfants. Vraiment ? Disons, que nos enfants ont cette capacité à saisir nos pensées retranchées, à lire qui nous sommes vraiment et à entendre ce que nous exprimons au-delà des mots. Et nous sommes parfois que les passeurs involontaires de messages silencieux d’une autre génération.

Il est vrai que nous ne naissons pas tel une page blanche immaculée sur laquelle s’écrit notre histoire. Nous arrivons au monde plutôt tel qu’un manuscrit ancien, auquel nous ajoutons notre récit. Nous transmettons à travers notre identité, notre histoire, sans mot, ni parole, un «héritage» d’émotions, de blessures et de non-dits. Parfois anciens. Le plus souvent, sans même en être conscient.

Mais en devenant parent, un miroir nous est offert. Nos enfants sont en effet des lecteurs très sensibles de ces non-dits, de ces malaises, de ces doutes. De ce qui nous habite et qu’on ignore ou que l’on essaie de cacher.

Miroir de notre inconscient

Et comme pour nous aider à voir ce qui est caché à notre conscience, pour mieux le saisir ou pour mettre en lumière ce que nous gardons dans l’ombre, souvent nos enfants réagissent à quelque chose que nous vivons au plus profond de nous, dans le clair-obscur de notre être, comme dit Nicole Prieur1, thérapeute d’enfants et d’adolescents. Voici une histoire qu’elle rapporte dans son livre:

Fabien un beau bébé de 8 mois souffre de troubles du sommeil, de difficultés d’endormissement, réveils en pleine nuit, cris, pleurs. Ses parents ne parviennent pas à le calmer, se sentent dépassés, épuisés, et finissent par dormir à tour de rôle dans la chambre du bébé pour laisser l’autre parent récupérer une nuit sur deux. C’est un enfant nerveux qui a de la peine à fixer le regard. Agnès, la maman, comprend lors d’échange avec Nicole Prieur qu’elle a toujours été élevée dans le mépris des hommes. Agnès explique: «Ma mère a divorcé très tôt de mon père, qui était alcoolique et violent ; elle m’a élevée seule, avec ma grand-mère, qui était veuve. Je n’ai entendu que du mal de mon père, ma mère le traitait de tout les noms.» Plus tard elle réalise : «Ma mère m’a interdit d’aimer mon père [..]. J’ai découvert qu’il avait tenté à plusieurs reprises de me voir, ma mère et ma grand-mère ont toujours fait obstacles.» Elles ont aussi été hostiles à son mariage car pour elles aucun homme n’était digne de confiance. En fait elle n’a jamais été autorisée à estimer un homme. Ainsi quand elle regardait son fils, elle se sentait tiraillée, elle aurait voulu le regarder avec son propre regard de mère aimante et confiante, mais malgré elle, elle ne parvenait pas à se dissocier de cette disqualification familiale quasi systématique des hommes et elle craignait d’imaginer que son fils devînt aussi un jour un homme méprisable. Bien que cela puisse paraître étonnant, Fabien a ressenti quelque chose de cet ordre-là; un bébé se construit à partir de l’image que lui renvoie la regard de sa mère [..]. Tant que le regard de cette mère était troublé en quelque sorte, imprégné de la parole de sa propre mère, il ne pouvait rassurer son fils.

Leur comportement, notre relation à eux se construit autour de ces hantises inconscientes qui doivent être mises au jour. Une maladie de nos enfants, un malaise dans la relation sont autant de portes ouvertes vers une libération, une solution, un retour à nous-même et à eux-même.

Quand leur corps s’exprime

Ces fantômes du passé peuvent être l’abandon d’un père, le décès prématuré d’un enfant, un secret de famille. Prenez l’histoire de Maxime, contée dans le livre de Nicole Prieur, qui souffre de claustrophobie sévèrement depuis l’âge de seize ans. Il ne peut prendre le train, encore moins l’avion, il est saisi par des crises d’angoisses difficilement surmontables [..]. Il porte en deuxième prénom celui de son grand-père, André. Ce dernier, entré dans la résistance pendant la dernière guère vers quatorze ans et arrêté à seize ans en 1944, il eu la vie sauve grâce à un concours de circonstances. Dans le train qui l’emmenait vers les camps allemands, il eut la dysenterie. Il fut abandonné pour mort et recueilli par un couple de paysans rhénans qui le soigna. Maxime n’entendit jamais parler de l’histoire de son grand-père avant l’âge de dix-sept ans, mais tout se passe comme si Maxime avait pressenti inconsciemment cette histoire puisque d’une certaine manière, il l’avait reprise à son compte et l’avait répétée. Il aura fallu que Maxime mette des mots sur toute une histoire transmise dans le non-dit pour s’en libérer. Et se soigner de sa claustrophobie.

Des mots pour soigner les maux

Natacha Calestrémé2 nous rapporte, elle aussi, quelques témoignages de ces bagages encombrants du passé transmis d’une génération à une autre, sans mot: un rêve non atteint, un problème de santé non guéri, des peurs.

Comme l’histoire de cette jeune grand-mère catastrophée parce que son petit-fils âgé de quelques mois ne cesse de régurgiter. Elle et sa fille craignent une déshydratation et s’inquiètent pour le bébé. Elles filent aux urgences. En la questionnant sur son passé et sa famille, Natacha Calestreme apprend que sa grand-mère a perdu une fille, qu’elle-même a passé ses premières années à l’hôpital en raison de maladies graves et que cela a également été le cas pour sa propre fille. Cela faisait donc trois générations que les mamans craignaient de perdre leur enfant ! Natacha Calestreme propose alors à sa fille qu’elle s’adresse à son bébé avec douceur et détermination : «Tu régurgites parce que tu ressens mes peurs. Ce ne sont pas tes peurs, ce sont les miennes et celles de plusieurs femmes avant moi. Je te libère de ces peurs. Sois tranquille, tout va bien se passer maintenant». Une heure plus tard, elle appelait pour dire que son petit-fils avait bu pour la première fois sans régurgiter et qu’ils avaient quitté l’hôpital.

Devenir parent c’est peut-être recevoir un révélateur de code secret. Un code pour nous aider à guérir et grandir. À nous de le décoder.

Texte: Laure Steiner Convers (www.papoose.ch)
Illustration: Pixabay, PublicDomainPictures

1Nicole Prieur, Grandir avec ses enfants, Ed. l’atelier des parents
2Natacha Calestrémé, La clé de votre énergie, Ed. Albin Michel

Note: les passages en italique sont des extraits des livres

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