On voit rouge …. à travers nos lunettes !

Personnellement, je ne suis ni presbyte, ni myope, ma vue est excellente. Et pourtant je porte régulièrement des lunettes…rouges.

Oui, parfois nous voyons des situations avec des filtres et cela nous fait voir rouge !

Ces filtres, aussi appelés pensées-pièges, sont des pensées automatiques qui passent le plus souvent inaperçues et qui nous entraînent souvent vers une vision déformée et approximative de la réalité. Ces pensées inconscientes s’insinuent entre la situation vécue et l’émotion qu’elle suscite en nous. En déformant la situation, elles entraînent des émotions négatives souvent amplifiées et des réactions en conséquence.

Imaginez, par exemple, que vous voyez les habits, les cahiers et les jeux de votre fille dispersés dans chaque pièce de votre appartement. Avec la pensée-piège du type ‘Personnalisation’, vous pensez: «Elle fait exprès de laisser ses affaires partout par terre !» Dès lors, avec une telle pensée, qu’allez-vous dire?

Ou imaginez que votre fils refuse d’arrêter la télévision. Avec la pensée-piège du type ‘je dois, il faut’ et ‘du tout ou rien’, vous pensez: «Je dois à tout prix me faire obéir, ou je vais perdre toute autorité sur lui». Dès lors, avec une telle pensée, qu’allez-vous faire ?

Ou encore si votre enfant rencontre de la difficulté à l’école, quand une pensée-piège type ‘généralisation’ ou ‘étiquetage’ s’insinue, vous pensez : « Il est tellement dissipé et turbulent. Il ne s’en sortira jamais à l’école». Avec une telle image de l’enfant, que peut-il devenir d’autre ?

Notre biais pour le négatif est naturel

Il est vrai que notre cerveau a naturellement tendance à être sélectif (car il ne peut pas traiter toute l’information qu’il reçoit), à repérer plus efficacement le négatif (ce qui a contribué à la survie de nos ancêtres des cavernes), à catégoriser (pour traiter l’information plus vite) et à projeter ses propres peurs, aversions et faiblesses sur les autres (c’est de l’auto-défense). Les pensées-pièges sont présentes en chacun de nous et cherchent à confirmer des croyances tenaces héritées de notre enfance. Mais quand elles deviennent trop fréquentes, elles nous font voir une version pessimiste de la situation.

Prendre conscience de nos pensées-pièges, c’est une première étape importante pour un mieux-être. Avec de l’entraînement et de la persévérance, les repérer devient plus facile. On peut alors tenter d’être plus réaliste en observant la situation de manière plus objective. Décrire pour soi-même une situation de manière spécifique et sans évaluation, nous permet d’éviter les pièges de l’exagération, de la généralisation ou de la personnalisation. C’est d’ailleurs intéressant de constater que c’est aussi ce que propose Marshall Rosenberg, comme première étape de la communication non-violente. «Il y a encore un pull, 2 jeux, 3 livres qui ne sont pas rangés» vous permettra sûrement de rester plus zen.

L’effet que cela a sur vous est indéniable

Oui, me direz-vous, mais mon sentiment est bien réel qu’elle le fait exprès ! Vraiment ? C’est important de remettre en question nos interprétations. Elle a sûrement d’autres priorités, elle ne le fait pas contre vous, mais parce que son cerveau n’est pas sensible au désordre et est par contre terriblement attiré par la lecture, les jeux ou les amis. Le désordre vous agace ? Oui, je comprends fort bien ! Alors si vous pensez «C’est tellement agaçant d’avoir tant de désordre dans la maison !» vous arriverez plus facilement à exprimer vos sentiments en JE, sans l’attaquer : «Je n’aime avoir un appartement en désordre. J’ai besoin d’ordre et d’espace pour me sentir bien. J’aimerais vraiment que tu ranges ton pull, les 2 jeux et les 3 livres maintenant, s’il-te-plaît. »

Quand un parent pense «Je dois me faire obéir, ou je vais perdre toute autorité sur lui», c’est la peur qui prend le dessus. Peur de ne plus pouvoir protéger son enfant quand nécessaire. Ou peur de ne plus pouvoir faire entendre ses propres besoins. Là aussi, parler de ses sentiments et besoins sera plus efficace et permettra de maintenir la relation.

Cultiver le positif et l’état d’esprit de croissance

Poser des étiquettes c’est quelque chose que les parents font très facilement, comme : «Il est tellement dissipé et turbulent». Encore une fois, nous avons cette tendance à voir les comportements qui nous déplaisent en premier et considérer les autres comme normaux et indignes d’intérêts. Notre cerveau est programmé pour repérer les faiblesses et les manques plus efficacement que les forces et les réussites. Mais poser l’étiquette «dissipé et turbulent», c’est non seulement faire une observation non-objective et pleine de jugements, mais c’est surtout nourrir une image négative de l’enfant. Et même si cette image que nous avons de l’enfant n’est que dans notre tête, elle transparaîtra et l’enfant si conformera. Mettre le doigt sur les faiblesses, c’est les renforcer. Mettre des étiquettes, c’est emprisonner l’enfant et l’empêcher de changer.

Cultiver un esprit de croissance, c’est refuser de dire ce qu’est un enfant de manière figée : «Il est dissipé» ou «il est intelligent». Car c’est croire que tout peut évoluer. Quand un enfant que l’on a complimenté pour son intelligence se trouve devant un défi plus important, son intelligence est remise en cause et ses assurances s’effondrent. Il préférera à l’avenir, rester dans sa zone de confort. Mais pour l’enfant et l’adulte qui cultivent l’effort, la persévérance et la résilience, la difficulté est un moteur, l’échec une étape d’apprentissage et se relever et persévérer, un objectif. La pensée «iI ne s’en sortira jamais à l’école» n’a alors plus lieu d’être.

L’enfant dissipé est peut-être aussi un rêveur, un créatif qui peut avoir une intelligence sociale supérieure à la moyenne, de l’enjouement et plein d’autres forces qui ne demandent qu’à être nourries. «Il ne s’en sortira jamais à l’école» devient alors «Il a besoin de trouver des moyens pour mieux se concentrer à l’école et il a plein de potentiels pour réussir dans la vie 

Vous aussi vous pouvez ôter vos lunettes rouges !

Comme nos enfants apprennent à force de répétition et de persévérance, nous pouvons aussi apprendre de nouvelles manières de penser, d’observer et de communiquer, et éviter ainsi de voir rouge! Les ateliers pour parents de Papoose.ch pourraient vous être d’une grande aide sur ce chemin !

Texte: Laure Steiner Convers (www.papoose.ch)
Illustration: Lunette de Soleil Zoom Flight De Quartier Teinter en Rouge (https://zoomparis.com/)

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